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"Je leur mens." - D'après une histoire vraie
Commissariat : Session 22 de l'École du MAGASIN

Qu’est-ce qui nous touche, nous irrite, nous fait penser, nous émeut ou nous fait réagir ? Qu’est-ce qui stimule le besoin de reconnaître un événement passé ou un individu, une histoire négligée ou passée sous silence, et que l’on considère comme impopulaire ? Le fait de rapporter des histoires marginales est-il en soi une forme de résistance ?

 

L’exposition explore l’efficacité de la fiction à relater, re-représenter et reconstituer des expériences traumatiques et des histoires non officielles. Les artistes invités brouillent les frontières entre le réel et le factice par le biais de stratégies de manipulation. Ainsi, ils composent de nouveaux récits à partir d’archives, d’images médiatiques ou de témoignages de guerre et questionnent l’authenticité du médium et de la source. Mais comment discerner ce qui est vrai lorsque l’histoire varie chaque fois qu’elle est narrée ? Le fait de relater implique différents niveaux de compréhension, une prise de position et un contrôle du flux de l’histoire altérant ainsi sa construction et sa production de sens. Les oeuvres réunies dans l’exposition seraient-elles les énièmes versions subjectives d’histoires qui viennent s’ajouter à la pléthore de celles dé à produites par les autorités et les médias ? Les oeuvres et leurs processus de création révèlent-ils les mensonges et les vérités présumées auxquels nous sommes confrontés presque chaque jour ?

 

Pour commenter ou transmettre une expérience traumatique telle que la guerre, faut-il en être le rescapé ou en avoir été le témoin ? L’exposition présente une constellation de récits fragmentés qui se réfèrent à des événements historiques tragiques, que ce soit la Seconde Guerre Mondiale, le conflit en Bosnie- Herzégovine ou encore l’état actuel de peur causé par le terrorisme ou le trouble social. Dans la présente exposition, la narration et la fiction comme moyens d’établir une nouvelle relation à l’histoire se sont déclinés sur trois niveaux : l’écart qui sépare le traumatisme vécu du récit qui en est fait, le nivellement thématique du contenu historique des récits et la pertinence qui accompagne la relecture de ces récits comme outil réflexif qui rappelle l’état de précarité actuel.

What moves us, irks us, makes us think, emote or react? What drives the need to acknowledge a past event or person, a story neglected or silenced, one that is considered unpopular? Can the retelling of marginal histories represent a form of resistance?

 

The exhibition “I Lie to Them.” Based on a True Story explores the effectiveness of fiction in re-telling, re- representing and re-enacting traumatic experiences and unofficial histories. The artists blur the boundaries between real and fake, employing strategies of manipulation to create new narratives appropriated from archives, news images or war witness accounts; while questioning both the medium and the source’s authenticity. But how do we know what is true if the narration of the story changes every time? The act of retelling presupposes different degrees of comprehension that ‘occupy’ and control the flow of (hi)story by taking a stand in its construction and production of meaning. As for the gathered artworks, are they simply some other subjective versions added to the plethora of stories used by the authorities or the media? Can their inherent creation processes recall the lies, the alleged truth to which we are exposed almost daily?

 

In order to comment on or transmit a traumatic experience, such as a war, do we need to have survived or witnessed it? Within the exhibition, the constellation of fragmented narratives refers back to historical tragic events for instance, from the Second World War or the conflict in Bosnia-Herzegovina to the current state of fear caused by terrorism or social displacement. Retelling establishes a new relationship with History, and within the context of the exhibition and unfolds on three levels: the disconnection between the actual trauma and the narration of its experience, the (thematic) leveling of historical content of the narratives within the exhibition and the continuing relevance of re-reading these narratives as a reflexive tool that mirrors today’s state of precariousness.

Projet en ligne

 

Le site internet ilietothem.com documente le processus d’élaboration de l’exposition “Je leur mens.” D’après une histoire vraie. En tant qu’outil auto-réflexif, il permet de relater le travail et le cheminement d’un collectif curatorial. C’est ainsi qu’il présente les recherches et contre-recherches, les lectures et débats qui sous-tendent l’exposition.

 

Des extraits de différentes sources (essais, films, documentaires, etc.) sont regroupés sous un lexique de notions définies de manière subjective. Ces extraits soulignent les liens et les ruptures d’une notion à une autre, révélant parfois les impasses survenues au cours de la recherche. L’histoire du collectif, son évolution tout au long des neuf mois du cursus de l’Ecole, est ainsi ponctuée d’avancées et de remises en question qui se cristallisent autour des huit notions : «Collectif», «Masques», «Super héros», «Anonymous», «Indésidérabilité de la Vérité», «Terreur, «Histoire», «“Re” (Relater, Reconstituer, Re-représenter)».

 

Biographies des participantes de la Session 22 de l'École du MAGASIN

 

Michela Alessandrini (née en 1987 à Rome) est titulaire d’une License en Histoire de l’art et d’un Master en Commissariat d’exposition d’art contemporain, obtenus à l’université La Sapienza à Rome respectivement en 2009 et 2011. Dans le cadre de son Master, elle a passé six mois à La Sorbonne à Paris, période au terme de laquelle elle rédige un mémoire sur l’implication anthropologique et sociale du musée français le MAC / VAL à Vitry-sur-Seine. En 2008, elle initie plusieurs collaborations fructueuses avec des artistes, des lieux d’art et des associations dans son propre pays ainsi qu’en Europe, notamment en Hongrie (FKSE, Budapest) et en République Tchèque (FUTURA, Prague). Ces dernières années, elle a acquis une expérience dans le secteur de l’édition et signé de nombreux articles critiques pour des revues d’art en ligne. En 2012, elle a participé au programme de résidence pour curateur, le Labor Guest Space 2012 à Budapest. C’est dans ce contexte qu’elle conçoit en collaboration avec l’artiste hongroise Zsuzsi Flohr, PLartFORMS, une exposition qui s’interrogeait sur la prise de conscience des identités individuelles et collectives.

 

Laurie Chappis Peron (née en 1989 à Annecy) a obtenu en 2012 un DNSEP avec mention à l’École Nationale Supérieure d’Art de Dijon. À travers ses productions plastiques comme dans ses écrits, elle poursuit une réflexion sur l’espace d’exposition conçu à la fois comme un espace esthétique, physique et mental. Dans son mémoire intitulé "Balance des Blancs", elle s’attachait notamment à démontrer l’importance de l’architecture de l’espace d’exposition dans la production artistique. Plus largement, ses questionnements portent sur les conditions d’existence de l’œuvre au-delà du visible. C’est ainsi qu’elle nourrit un profond intérêt pour les pratiques conceptuelles où l’œuvre existe principalement à travers le langage. Forte de son approche d’artiste, de ses rencontres et collaborations avec d’autres jeunes créateurs, elle a choisi d’approfondir sa réflexion dans le champ des pratiques curatoriales. contexte lui permet d’appréhender d’autres manières de présenter un certain type d’œuvres qui mettent en crise le modèle traditionnel de l’exposition.

 

Kanika Anand (née en 1984 à New Delhi) est titulaire d’une License en "Histoire" obtenue à l’Université de Dehli, et d’un Master en "Histoire de l’art" obtenu au National Museum Institute à New Delhi. Elle débute sa carrière professionnelle en 2007 en tant qu’associée à la galerie Espace à New Dehli. En 2008, elle s’installe à New York où elle travaille comme stagiaire à la Galerie Gagosian et à Exit Art. À son retour en Inde fin 2009, elle occupe la fonction de gestionnaire de projet pour le scénographe sud-asiatique Rajeev Seth, dans le cadre de la commande artistique de l’hôtel Hyatt Regency à Chennai en Inde. De 2010 à 2011, elle réintègre la Galerie Espace en tant que directrice des ventes, du marketing et des projets. Elle y coordonne notamment les expositions de Zarina Hashmi, Ravi Agarwal et Paula Sengupta, et s’occupe également des foires, du site Internet et des relations publiques. En décembre 2011, elle collabore à la production de GAGAWAKA : Making Strange, un projet à mi-chemin entre exposition et performance conçu par l’artiste Vivan Sundaram. Elle collabore régulièrement aux revues SaffronArt et Art Practical.

 

Ekaterina Shcherbakova (née en 1990 en Russie) est une jeune commissaire d’exposition. Elle est titulaire d’une License en "Études culturelles" et d’un Master en "Gestion culturelle" tous deux obtenus à l’Université nationale de recherche - École supérieure d’économie. Au cours de ses études, elle a effectué un stage de six mois en tant qu’assistante du rédacteur en chef de la revue Art Manager. Elle a également pris part à l’activité de plusieurs lieux d’art à Moscou, notamment les galeries 25 Kadr et K35, où elle a travaillé comme assistante auprès des directeurs artistiques. En 2012, elle a participé à la réalisation de Memory Art, 19/91 project, une exposition présentée à Artplay Centre à Moscou. Au terme d’une année de collaboration avec la galerie K35 en tant que gestionnaire, elle y a présenté en juin dernier un projet curatorial intitulé Art for Fake.


Carmen Stolfi (née en 1985 en Italie ) est titulaire d’une Licence en Lettres Modernes obtenue à l’Université La Sapienza en 2008, où elle s’est spécialisée en Mode et Études Culturelles. a obtenu également un Master en "Communication dans le domaine des Arts et du Design" à l’Université IULM à Milan en 2011. Elle travaille depuis trois ans en tant que commissaire assistante dans plusieurs institutions d’art contemporain en Italie et aux États-Unis, telles que le Musée d’Art Contemporain de Rome (MACRO), la Galerie 1/9unosunove et la Fondation Nomas à Rome, à l’Institut Culturel Italien de New York et l’ISCP (International Studio and Curatorial Program) à New York. À la suite de ses études en communication et de son intérêt pour les questions relatives à différents domaines de la création, ses recherches portent sur la notion de transdisciplinarité. Parmi ses derniers projets, on peut mentionner "So near the Garden but Still Miles Away" (2011), à la galerie 1/9unosunove, qui explorait la notion du déplacement de sens dans le domaine linguistique et artistique.

 

Dimitra Tsiaouskoglou (née en 1984 en Grèce) est diplômée de l’École d’art et d’archéologie Aristote de l’Université de Thessalonique, où elle a suivi un cursus en Histoire. Tout au long de ses études, elle a eu l’opportunité d’assister à de nombreux cours d’Histoire de l’art et a ainsi développé une passion pour l’art. Après avoir travaillé pendant quelques années dans l’éducation, elle s’est inscrite en 2010 au programme de Master d’Histoire de l’art également à l’Université de Thessalonique. Son intérêt pour le regard porté par les artistes sur la ville lui a inspiré son mémoire sur "Le Paysage urbain et la figure humaine dans la peinture grecque contemporaine." Ces dernières années, elle a pris part à l’organisation d’expositions dans des institutions publiques et privées. Compte tenu sa perspective d’historienne de l’art, ses questionnements relèvent principalement de la relation entre l’histoire de l’art et la pensée curatoriale contemporaine, dont elle tente d’explorer les liens toujours ténus.

 

Online Project

 

The website www.ilietothem.com, documents the process leading up to the realization of the exhibition “I lie to them.” Based on a true story. It serves as a self-reflexive tool re-telling the work and the path of a curatorial collective. The website brings together the research and counter-research, readings and discussions that underlined the exhibition.

 

Excerpts from different sources (essays, videos, etc.) are gathered within a lexicon of notions that are subjectively defined in a way to parallel the evolution of the collective’s research. These excerpts highlight both connections and disjuncture from a notion to another, while also sometime leading to a dead-end. The collective has thus chosen to condense its history –its path during the nine months of the cursus–, through moments of progress and doubt, indexed under the following eight notions: Collective, Masks, Superheroes, Anonymous (group), Undesirability of Truth, Terror, History, “Re-” (Retelling, Re-enacting, Re-representation).

 

Biographies of the participants of Session 22 of the École du MAGASIN

 

Michela Alessandrini (b. 1987, Rome) obtained a BA in Contemporary Art History (2009) and a MA in Curating Contemporary Art (2011) at the University La Sapienza in Rome. During her studies, she spent six months at the Sorbonne University in Paris, which resulted in her thesis on the anthropological and social involvement of the French museum MAC/VAL (Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine). In 2008, she initiated several fruitful collaborations with artists, contemporary art institutions and non-profit organizations both in Italy and elsewhere in in Europe, notably in Hungary (Studio of Young Artists Association, Budapest) and the Czech Republic (FUTURA, non-profit foundation for contemporary art, Prague). Over the last few years, she has gained experience in editing, and has written several art reviews for online magazines. In 2012, she took part in the curatorial residency program, Labor Guest Space (Budapest) where, in collaboration with Hungarian artist Zsuzsi Flohr, she curated PLartFORM, an exhibition focused on awareness of individual and collective identities.

 

Kanika Anandi was born in New Delhi, India in 1984. She holds a Bachelor's degree in History from Delhi University and a Master's degree in Art History from the National Museum Institute, New Delhi. She began her career in 2007 as an Associate at Gallery Espace in New Delhi followed by two internships in New York at the Gagosian Gallery and Exit Art in 2008-09. She has worked as Project Manager with leading South Asian scenographer, Rajeev Sethi for the Art Program of the Hyatt Regency in Chennai, India, 2009; was re- appointed as Director- Marketing & Projects at Gallery Espace, 2010-11; and co- partnered the production of GAGAWAKA: Making Strange, a part performative and part exhibition project for artist Vivan Sundaram, 2011. Since 2012, she has contributed her writings and reviews to art publications which include Saffron Art and Art Practical.

 

Laurie Chappis Peron (b. 1989, in Annecy, France) obtained a Master with distinction in art from the Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts in Dijon in 2011. In her Master’s thesis entitled "Balance des blanks" she focused on the importance of the architecture of the gallery space in artistic production. More broadly, she is interested in the conditions of the existence of the artwork beyond visibility. As such, she is particularly interested in conceptual practices and works that exist principally through language or resist the traditional exhibition form, thus offering alternative forms of exhibition.

 

Ekaterina Shcherbakova (b. 1990, Russia) obtained a BA in "Cultural Studies" and a MA in "Cultural Management" from the National Research University - Higher School of Economics in Moscow. During her studies, she undertook a six-month internship as the assistant to the chief editor of Art Manager magazine. She has worked for several art venues in Moscow, including the 25 Kadr Gallery and the K35 Art Gallery. In 2012, she participated in the production of Memory Art, 19/ 91 project, at the Artplay Center, Moscow. In June 2012, she curated Art for Fake at the K35 Art Gallery, following a twelve-month collaboration as the gallery’s manager.

 

Carmen Stolfi (b. 1985, Italy) graduated with a BA in Humanities from La Sapienza University in Rome in 2008, where she specialized in Fashion and Cultural Studies. She obtained a MA in Communication for Art and Design Industries at the IULM University in Milan in 2011. She has been worked for three years as assistant curator in a number of contemporary art institutions in Italy and the United States, among which the Museum of Contemporary Art of Rome (MACRO), 1/9unosunove Gallery and Nomas Foundation in Rome; the Italian Cultural Institute of New York, and the ISCP (International Studio and Curatorial Program) in New York. As a result of her studies in communication and her interest in relating issues in different creative fields, her research focuses on the notion of transdisciplinarity. Among her last projects, So near the garden but still miles away, 1/9unosunove gallery, Rome (2011), explores the notion of displacement of meaning in linguistics and art.

 

Dimitra Tsiaouskoglou (b. 1984, Greece) is an art historian and emerging curator. During her studies in History and Archaeology School at the Aristotle University of Thessaloniki, she explored the diversity of artistic production in different civilizations, and, therefore, developed a passion for Art History. After having worked several years in the field of education, she enrolled in the Postgraduate Program in Art History of the same university. Her MA thesis on "Urban Landscape and Human Figure in Contemporary Greek Painting" gave her the opportunity to get acquainted with contemporary artists and have an insight into their practice. More recently, she has been involved in the organization of art exhibitions in both private and public institutions, and participated in curatorial courses and exchanges.