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Aujourd'hui à 10 ans
Akram Zaatari

L'exposition de l'artiste libanais Akram Zaatari au MAGASIN prend pour point de départ le long métrage Aujourd'hui (Al Yaoum/This Day), produit par le musée Nicephore Niepce à Chalon-sur-Saône et réalisé entre 2000 et 2003. Pour le dixième anniversaire de ce long métrage, Akram Zaatari place Aujourd'hui (86mn) au centre de son exposition au MAGASIN, transformant l'espace d'exposition en cinéma, autour duquel s'articulent une sélection de quatre vidéos et une installation conçues durant ces dix dernières années.

 

Tout en étudiant les raisons qui poussent les gens à saisir, à un moment donné, un appareil photo, un stylo ou un enregistreur pour rapporter ce qui se passe autour d’eux, Akram Zaatari inclut, dans Aujourd'hui, son expérience et l’histoire de sa propre pratique. Il combine ainsi des archives radiophoniques, télévisuelles et photographiques du Liban, de la Syrie et de la Jordanie avec ses archives personnelles – des enregistrements et des photographies de l'artiste réalisés pendant l'invasion israélienne du Liban en 1982 – pour examiner la production et la circulation des images dans un contexte de division géographique et mentale du Moyen-Orient. Aujourd'hui s'articule autour de six photographies prises par l'artiste alors âgé de 16 ans lors d'un raid aérien à Saïda dans le sud Liban. Entre objet cinématographique et artistique, Aujourd'hui sera projeté dans l'espace d'exposition du MAGASIN transformé pour l'occasion en cinéma.

 

Présenter Aujourd'hui dix ans après est un moyen de revisiter le passé et d'établir un parallèle avec le présent. Il existe un intérêt historique certain mais surtout technologique. En effet, l'industrie a transformé notre regard sur l'histoire et notre façon de rapporter les faits. Le téléphone portable est devenu aujourd'hui un outil de communication visuelle. La révolution syrienne a été en partie documentée par des images de téléphones portables. Les modes de production de l'image ont beaucoup évolué ; nous sommes davantage dans la transmission que dans la captation. Mais l'objectif reste le même, nous sommes toujours face à des images qui racontent et témoignent.

 

«Archéologue de l'image», Akram Zaatari collecte et archive l'histoire photographique – mélange de photos officielles et personnelles - du Moyen-Orient pour construire des vidéos avec une approche à la fois documentaire et plastique. Depuis la réalisation de Aujourd'hui, Akram Zaatari a réalisé plusieurs vidéos à travers lesquelles il étudie la manière dont les différents médias sont mis au service du pouvoir, de la résistance et de la mémoire ; il analyse les modes d'accès à l'information et se préoccupe de la représentation des conflits au Moyen-Orient. Son travail est ancré dans la réalité sociale et politique de sa région. Une relation au terrain et aux sujets lui est primordiale. Pour cela, une connaissance maximale du territoire, qu’il perçoit comme archive ultime, est nécessaire.

 

Dans les vidéos et les photographies de Akram Zaatari, il existe une tension qui n’est pas immédiatement perceptible. Ses photos très lumineuses de paysages du Golan tout comme la vidéo Nature morte qui met en scène deux hommes au travail dégagent une sérénité et une douceur qui très vite basculent quand on s'aperçoit que les paysages sont en réalité des zones militaires sous haute-surveillance à la frontière entre Israël et le Liban ou lorsqu'on réalise que l'un des deux hommes dans Nature morte fabrique une bombe. Dans la vidéo Le Trou, Akram Zaatari creuse le sol pour déterrer une lettre enfouie depuis plusieurs années et montre l'anxiété que produit cette excavation et souligne ainsi la tension d’un pays encore marqué par la peur de déterrer un passé traumatique et conflictuel. Cette vidéo s'oppose symboliquement et physiquement dans l'espace d'exposition à la vidéo de la Time Capsule, où l'artiste enterre un passé précieux et fragile. Ces vidéos s'opposent dans leur geste : toutes les deux creusent, une pour déterrer et l'autre pour enterrer.

 

La Time Capsule (installation et vidéo) montre que l'accessibilité des documents peut mettre ces mêmes documents en péril et que pour les sauver, il faut parfois les camoufler. Akram Zaatari dénonce toutefois la sacralisation et ainsi la valeur spéculative trop importante de la photographie. Il considère que la photo possède avant tout et surtout une valeur d'enseignement et d'étude et pas uniquement matérielle. Ce qui importe, c'est l'usage que l'on fait de cette photo et ce que l'on construit autour de celle- ci. La préservation de photographies ne doit pas uniquement être liée à l'objet matériel. Il est certes important d'analyser une photo et d'examiner son contenu mais il est tout aussi important de s'intéresser à la pratique photographique, son contexte et ses différents modes de production d'autant plus que les métiers changent avec l'avancée technologique.

 

Depuis 2003, de la photo à la vidéo, Akram Zaatari mêle les différents supports de création de l'image autour d’une réflexion en constante évolution.

The exhibition at MAGASIN by the Lebanese artist Akram Zaatari will take as its starting point the feature film Aujourd'hui (Al Yaoum/This Day), produced by the Musée Nicephore Niepce at Chalon-sur-Saône and made between 2000 and 2003. For the tenth anniversary of this feature film Akram Zaatari will put Aujourd'hui (86mn) at the centre of his exhibition at MAGASIN, transforming the exhibition area into a cinema ; around it there will be a selection of four videos and an installation he has devised during the past ten years.

 

At the same time as studying the reasons that impel people to pick up a camera, a pen or a recording device at a given moment to relate what is happening around them, in Aujourd'hui Akram Zaatari includes his own experience and the story of his own practice. Thus he combines radio, television and photographic archives from Lebanon, Syria and Jordan with his personal archives – recordings and photographs made by the artist during the Israeli invasion of Lebanon in 1982 – in order to examine the production and circulation of images in a context of the geographical and ideological division of the Middle East. Aujourd'hui is structured round six photographs taken by the artist, 16 years old at the time, during an air raid at Sidon in southern Lebanon. A cinematographic and partly an artistic object, Aujourd'hui will be projected in the exhibition area of MAGASIN, transformed into a cinema for the occasion.

 

Presenting Aujourd'hui ten years after it was made is a means of revisiting the past and establishing parallels with the present. There is a certain historical interest, but above all a technological one. Technology has in fact transformed the way we look at history and our way of recounting facts. Today the mobile phone has become a tool for visual communication. The Syrian revolution has been partly documented by images from mobile phones. The methods of producing images have changed a lot, more particularly with regard to transmission rather than recording. But the objective is still the same: We are still faced with images that try to tell a story and bear witness.

 

“An archaeologist of the image”, Akram Zaatari collects and archives the photographic history – a mixture of official and personal photographs – of the Middle East to construct videos with an approach that is simultaneously documentary and artistic. Since making Aujourd'hui, Akram Zaatari has made several videos through which he studies the way in which the various media are harnessed to serve power, resistance and memory; he analyzes the methods of accessing information and is concerned with depicting conflicts in the Middle East. His work is anchored in the social and political reality of his region. His relationship to the terrain and the subjects is of crucial importance. For that, as great a knowledge of the territory as possible is necessary. He perceives territory as the ultimate archive.

 

There is a tension in Akram Zaatari’s videos and photographs which is not immediately perceptible. Both his very luminous photos of landscapes in the Golan and the video Nature morte which features two men at work convey a serenity and gentleness which are very quickly overturned when we notice that the landscapes are actually strictly monitored military zones on the frontier between Israel and Lebanon, or when we realize that one of the two men in Nature morte is making a bomb. In the video Le Trou [In This House], Akram Zaatari digs the ground to unearth a letter that has been buried for several years, and shows the anxiety engendered by the excavation, so underlining the tension in a country still scarred by the fear of unearthing a traumatic and conflictual past. This video is opposite – symbolically, and physically in the exhibition area – the video Time Capsule, which the artist buries a precious and fragile past. These videos are opposed in the gesture they convey: both feature digging, but one in order to unearth, the other in order to bury.

 

Time Capsule (an installation and a video) shows that the accessibility of documents can put the selfsame documents in danger, and that in order to save them they sometimes have to be camouflaged. However, Akram Zaatari condemns regarding photographs as sacred, so endowing them with excessive speculative value. He regards photographs as having first and foremost an educational and study value, not solely a material one. What matters is the use that is made of the photograph and what is constructed around it. The preservation of photographs should not just be linked to the material object. To be sure, it is important to analyze a photo and examine its content, but it is just as important to take an interest in the practice of photography, its context, and the various methods whereby it is produced, especially as skills change with technological advances.

 

Since 2003, from photography to video, Akram Zaatari mixes the various supports for creating images around a constantly evolving reflection.

 

 

 

 

Biographie

Né en 1966 à Saïda dans le sud du Liban, Akram Zaatari vit et travaille à Beyrouth. Il a commencé sa carrière en tant qu'architecte à Beyrouth. Il a ensuite obtenu un Master en Media Studies à la New School de New York City. Il est retourné au Liban en 1995 où il a travaillé dans le milieu de la télévision.

 

En 1997, il co-fonde la Fondation Arabe pour l'Image (AIF), une plateforme d’étude des différentes pratiques photographiques du Moyen-Orient et du Maghreb. L’AIF encourage les pratiques de collecte et recense aujourd’hui plus de 500 000 photographies.

 

Akram Zaatari a débuté sa pratique d’artiste par l’analyse de photographie tout en s’interrogeant sur les raisons qui poussent les individus à collecter et conserver des objets. Au fil des années, l’axe de sa réflexion se déplace. Il s’intéresse davantage à la pratique du photographe et à l’évolution du mode de production de l’image.

 

Biography

Born in 1966 in Saïda in the South of Lebanon, Akram Zaatari works and lives in Beyrouth. He began working as an architect in Beirut. Then, he pursued an MA degree in Media Studies at the The New School in NYC. He returned in Lebanon in the early 1990s to work for the television industry.

 

He co-founded the Image Arabic Foundation (AIF) in 1997, a collecting engine and a study plateform of the different photographical practices in the Arabic World. The AIF counts more than 500 000 photos.

 

Akram Zaatari began his artistic practice with the analysis of photography while wondering about the reasons that lead people to collect and to keep objects. Over the years, the axis of his reflection moves. He is more focused on the practice of the photographer and on the evolution of the mode of production of the image.