Exposition du 4 juin au 3 septembre mai 2006
Review : vidéos et films Collection Pierre Huber
Replay : la sphère punk










«Punks et vidéos»
Le Petit Bulletin, Grenoble, 7 au 14 juin 2006,
p.5
APRÈS UN REDÉMARRAGE EN DOUCEUR, LE
MAGASIN MET LES BOUCHÉES DOUBLES CE MOIS CI AVEC
DEUX NOUVELLES EXPOSITIONS ÉMINEMMENT RECOMMANDABLES, REVIEW ET REPLAY.
Composée exclusivement d'oeuvres vidéos issues de l'imposante collection du galeriste suisse Pierre Huber, Review se propose par ce biais de mettre en valeur tout un pan de la création contemporaine encore trop souvent mésestimé. Avec l'intention d'éviter au spectateur une saturation rétinienne propre à l'oubli instantané, seules une vingtaine d'oeuvres trouvent ici droit de cité, échantillon largement suffisant au vu de l'intensité de la plupart d'entreelles. Une intensité qui doit beaucoup à l'agencement appliqué dont bénéficie chacune des oeuvres, ici restituées dans les conditions précises recommandées par leurs géniteurs dimension de la salle, type et taille décran(s), positionnement, rendu du son... Un souci du détail qui s'avère effectivement payant, et met judicieusement en valeur des oeuvres des plus diversifiées. Karaoké multidimensionnel étrangement oppressant pour Candice Breitz, kaléidoscope d'écrans à l'attraction pop hypnotique pour Nam June Paik, forte influence du cinéma pour Rodney Graham, les styles sont hétéroclites et facilitent ainsi l'accès au néophyte. Parmi les creations les plus marquantes, on retiendra notamment Strange Fire, de Sylvie Fleury, piétinement consciencieux en escarpins «bannière étoilée» d'un parterre de boules de Noël, perturbé par une bandeson bruitiste en semidécalage, et surtout l'envoûtant Zarin, de Shirin Neshat, dont l'atmosphère moyenorientale maladive reste durablement en mémoire. Deux escales d'un parcours dans l'ensemble plutôt judicieux, dont l'accessibilité joue allégrement en sa faveur.
DESTROY ALL MONSTERS
les liens établis entre la sphère punk anglaise et nordaméricaine
des années 70 et 80 et la création artistique contemporaine,
au travers de trois installations. Établie par Kim Gordon (figure de
proue de la mythique formation rock Sonic Youth) et Jutta Koether, la première
d'entre elles, Reverse Karaoke, propose au visiteur de réaliser
son propre enregistrement en s'installant sous une toile de tente remplie de
matériel
lowtech. A sa disposition, plusieurs samples de voix de Kim Gordon, et divers
instruments (guitare, batterie, percussions...). Une fois l'enregistrement
effectué, un CD est gravé à destination du visiteur, tandis
qu'un autre vient enrichir l'installation. Un dispositif qui s'annonce a priori
plutôt prometteur, même si l'on n'a pas encore eu le loisir de
le voir en fonctionnement. A noter également, Strange
Fe : Rock Apocrypha,
installation collective de Mike Kelley, Cary Loren et Jim Shaw, composée
de 4 acryliques sur toile au charme ouvertement kitsch, mettant en valeur à la
manière des peintures murales commémoratives, la scène
musicale contre culturelle de Detroit dans les années 70 (The Stooges,
SunRa, etc... ). Pour les accompagner, une vidéo consacrée au
combo punk Destroy All Monsters, fondé à la même époque
par les créateurs de l'installation. Enfin, plusieurs oeuvres de la "punk
féministe radicale" Linder Sterling, collaboratrice des Buzzcocks
et de Morissey, constitueront le troisième volet de cette deuxième
exposition.
Damien Grimbert